En islam, avant tout partage d’héritage, trois étapes sont obligatoires : régler les frais funéraires, payer les dettes du défunt, puis exécuter son testament (limité au tiers des biens). Le reste est ensuite réparti entre les héritiers selon des parts fixes définies dans la sourate An-Nisa (4:11-12).
⚠ Cet article est une INTRODUCTION GÉNÉRALE aux principes de l’héritage en islam. Ce n’est pas un conseil juridique. Pour tout cas réel, le calcul des parts dépend de la composition exacte de la famille et doit impérativement être réalisé par un savant qualifié, en lien avec un notaire pour les aspects de droit français.
Les 3 étapes avant tout partage

Avant même de penser à la répartition entre héritiers, l’islam impose de respecter un ordre précis :
Frais funéraires
La première charge sur les biens du défunt concerne les frais raisonnables liés aux funérailles (linceul, lavage rituel, enterrement).
Paiement des dettes
Toutes les dettes du défunt doivent être réglées avant tout partage, qu’il s’agisse de dettes envers Allah (zakat non versée, par exemple) ou envers des créanciers humains. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur les dettes en Islam.
Exécution du testament (limité au tiers)
Le défunt peut avoir laissé un testament (wasiya) en faveur de personnes qui ne sont pas ses héritiers légaux (par exemple un ami, une œuvre de charité). Ce testament ne peut cependant pas dépasser le tiers (1/3) de la totalité des biens :
الثُّلُثُ، وَالثُّلُثُ كَثِيرٌ، إِنَّكَ أَنْ تَذَرَ وَرَثَتَكَ أَغْنِيَاءَ خَيْرٌ مِنْ أَنْ تَذَرَهُمْ عَالَةً يَتَكَفَّفُونَ النَّاسَ
« Le tiers, et le tiers est déjà beaucoup. Laisser tes héritiers à l’aise financièrement vaut mieux que de les laisser dans le besoin, tendant la main aux gens. »
— Rapporté par Al-Bukhari (n°5668), hadith de Sa’d ibn Abi Waqqas
Par ailleurs, il n’est pas possible de faire un testament en faveur d’un héritier légal déjà prévu par les parts fixes (sauf accord unanime des autres héritiers a posteriori) :
إِنَّ اللَّهَ قَدْ أَعْطَى كُلَّ ذِي حَقٍّ حَقَّهُ، فَلَا وَصِيَّةَ لِوَارِثٍ
« Allah a donné à chaque ayant droit son dû ; il n’y a donc pas de testament en faveur d’un héritier [légal]. »
— Rapporté par At-Tirmidhi, hadith authentifié (hasan sahih)
Les principes généraux de répartition (Sourate An-Nisa)
Une fois les trois étapes précédentes accomplies, le reste des biens est réparti entre les héritiers légaux selon des parts fixes (faraid), détaillées principalement dans la sourate An-Nisa :
يُوصِيكُمُ اللَّهُ فِي أَوْلَادِكُمْ ۖ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنثَيَيْنِ
« Allah vous recommande, au sujet de vos enfants : à l’homme revient une part équivalente à celle de deux femmes. »
— Sourate An-Nisa, 4:11
Ces versets établissent des parts précises selon le lien de parenté avec le défunt (enfants, conjoint, parents, frères et sœurs…) et selon la composition exacte de la famille survivante. Le calcul réel de ces parts est une science à part entière (appelée ilm al-faraid), qui prend en compte de nombreux paramètres : qui est encore en vie, combien d’héritiers de chaque catégorie, présence ou non d’enfants, etc.
Volontairement, cet article ne propose pas de calculer des parts précises pour des cas hypothétiques : chaque situation familiale étant unique, un tel calcul nécessite l’expertise d’un savant qualifié en ilm al-faraid.
Héritage en Islam et droit français : ce qu’il faut savoir
En France, c’est le droit successoral français qui s’applique automatiquement au décès d’une personne résidant en France, et non les règles islamiques de répartition. Le droit français prévoit notamment une « réserve héréditaire » (part minimale garantie aux enfants) qui encadre strictement la liberté de tester.
Pour un musulman souhaitant que sa succession respecte, autant que possible, les principes islamiques dans le cadre légal français, plusieurs outils existent (donation-partage, clauses bénéficiaires d’assurance-vie, testament dans les limites de la réserve héréditaire…). Ces dispositifs sont techniques et doivent être mis en place avec l’aide d’un notaire, en lien avec un savant qualifié pour s’assurer de leur conformité aux principes islamiques dans la mesure permise par la loi française.
Pourquoi consulter un savant ou un notaire spécialisé ?
Le partage d’un héritage touche à la fois au droit religieux et au droit civil français : deux cadres qui ne coïncident pas toujours parfaitement. Une erreur de calcul ou une méconnaissance des règles peut avoir des conséquences importantes et parfois irréversibles pour la famille.
- Un savant qualifié en fiqh des successions (faraid) peut déterminer les parts selon les principes islamiques, en tenant compte de l’ensemble des héritiers vivants.
- Un notaire est indispensable pour s’assurer que les dispositions prises respectent le droit français en vigueur.
Cette double consultation est la seule façon fiable de traiter un cas réel — cet article n’a vocation qu’à présenter les grands principes.
FAQ
Le système d’héritage islamique s’applique-t-il automatiquement en France ?
Non. C’est le droit successoral français qui s’applique automatiquement. Pour que la succession respecte, dans la mesure du possible, les principes islamiques, des dispositions spécifiques (testament, donation, assurance-vie…) doivent être mises en place à l’avance avec un notaire.
Peut-on déroger aux parts fixes par testament ?
Non, pas pour les héritiers légaux déjà prévus par les parts fixes (faraid), sauf accord unanime de l’ensemble des héritiers après le décès. Le testament (wasiya) ne peut concerner que des personnes qui ne sont pas héritières légales, dans la limite du tiers des biens.
Qui sont les héritiers prioritaires en islam ?
Les héritiers légaux prioritaires incluent notamment le conjoint survivant, les enfants et les parents du défunt. La liste complète et les conditions précises dépendent de la composition familiale exacte — un savant qualifié en faraid est le mieux placé pour établir la liste des héritiers dans un cas réel.
Aller plus loin avec l’Académie Bayan
Rappelons également que le partage ne peut intervenir qu’après le règlement des dettes du défunt. Par ailleurs, certains détails d’application du calcul des parts peuvent varier selon les 4 écoles juridiques en islam (madhahib), d’où l’importance de consulter un savant formé à l’école suivie par la famille.
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