Le riba (intérêt/usure) en Islam : définition et interdiction

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Le riba désigne, en islam, tout intérêt ou surplus perçu sur un prêt ou un échange sans contrepartie légitime. Il est formellement interdit par le Coran (sourate Al-Baqara, versets 275 à 281) car il est considéré comme une forme d’injustice et d’exploitation, l’islam préférant les systèmes de partage des profits et des risques. Cette interdiction fait l’objet d’un consensus (ijma’) parmi les savants musulmans : elle s’applique aussi bien aux emprunts entre particuliers qu’aux crédits bancaires classiques.

Qu’est-ce que le riba ?

Le mot « riba » (الربا) vient de la racine arabe ر-ب-و qui signifie « croître », « augmenter » ou « excéder ». Dans le langage courant, il est souvent traduit par « intérêt » ou « usure ».

Définition juridique : le riba désigne toute augmentation ou tout surplus perçu sur un prêt d’argent (ou sur l’échange de certains biens) sans contrepartie réelle et légitime. Concrètement, cela inclut :

  • les intérêts bancaires perçus sur un crédit à la consommation ou un prêt immobilier ;
  • les pénalités de retard calculées en pourcentage sur une dette ;
  • toute clause qui impose de rendre « plus » que ce qui a été emprunté, quelle que soit la forme de ce surplus.

Les savants distinguent traditionnellement deux grandes catégories de riba : le riba des dettes (riba an-nasi’a) et le riba des échanges (riba al-fadl), détaillées plus bas.

Les preuves de l’interdiction du riba

Dans le Coran

Le Coran aborde l’interdiction du riba de façon progressive, avant de la rendre catégorique dans la sourate Al-Baqara :

الَّذِينَ يَأْكُلُونَ الرِّبَا لَا يَقُومُونَ إِلَّا كَمَا يَقُومُ الَّذِي يَتَخَبَّطُهُ الشَّيْطَانُ مِنَ الْمَسِّ ۚ … وَأَحَلَّ اللَّهُ الْبَيْعَ وَحَرَّمَ الرِّبَا

« Ceux qui pratiquent le riba ne se tiendront [au Jour du Jugement] que comme se tient celui que le contact de Satan a bouleversé… Allah a rendu licite le commerce et illicite le riba. »

Sourate Al-Baqara, 2:275

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَذَرُوا مَا بَقِيَ مِنَ الرِّبَا إِنْ كُنْتُمْ مُؤْمِنِينَ

« Ô vous qui croyez, craignez Allah et renoncez à ce qui reste du riba, si vous êtes [réellement] croyants. »

— Sourate Al-Baqara, 2:278

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَأْكُلُوا الرِّبَا أَضْعَافًا مُضَاعَفَةً ۖ وَاتَّقُوا اللَّهَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ

« Ô vous qui croyez, ne pratiquez pas le riba, [qui augmente] doublement, mais craignez Allah afin de réussir. »

— Sourate Al-Imran, 3:130

Dans la Sunna

Le Prophète ﷺ a insisté à plusieurs reprises sur la gravité du riba :

لَعَنَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ آكِلَ الرِّبَا وَمُوكِلَهُ وَكَاتِبَهُ وَشَاهِدَيْهِ، وَقَالَ: هُمْ سَوَاءٌ

« Le Messager d’Allah ﷺ a maudit celui qui consomme le riba, celui qui le donne, celui qui l’écrit et les deux témoins de la transaction, en disant : ils sont tous égaux [dans le péché]. »

— Rapporté par Muslim

الرِّبَا ثَلَاثَةٌ وَسَبْعُونَ بَابًا أَيْسَرُهَا مِثْلُ أَنْ يَنْكِحَ الرَّجُلُ أُمَّهُ

« Le riba comporte soixante-treize portes, la moindre étant [aussi grave] que le fait, pour un homme, d’avoir une relation avec sa propre mère. »

— Rapporté par Al-Hakim

Ces textes montrent que le riba n’est pas condamné uniquement comme un péché individuel : il implique dans sa condamnation toute la chaîne de la transaction (celui qui prête à intérêt, celui qui l’accepte, et même les intermédiaires).

Pourquoi le riba est-il interdit ?

Le riba en islam : injustice et exploitation financière

L’interdiction du riba ne relève pas d’un simple formalisme religieux : elle répond à une logique de justice sociale et économique clairement identifiée par les savants.

  • Protection contre l’exploitation : le riba permet à celui qui possède du capital de s’enrichir sans effort, sur le dos d’un emprunteur souvent en situation de besoin.
  • Justice contractuelle : dans une vente ou un partenariat, les deux parties partagent le risque. Dans un prêt à intérêt, seul l’emprunteur supporte le risque, alors que le prêteur est assuré de récupérer sa mise, augmentée.
  • Lutte contre les inégalités : le riba favorise la concentration des richesses entre les mains d’une minorité, au détriment de l’économie réelle et productive.
  • Préservation de la cohésion sociale : l’endettement à intérêt peut plonger des familles entières dans un cycle de dettes difficile à briser.

C’est pourquoi l’islam encourage des modèles économiques fondés sur le commerce réel, le partage des profits et des pertes, et l’entraide (qard hassan, ou prêt sans intérêt).

Les types de riba

Riba an-nasi’a (le riba des dettes) : c’est la forme la plus répandue aujourd’hui. Il s’agit de toute augmentation fixée à l’avance sur un prêt, en échange d’un délai de remboursement. C’est dans cette catégorie que se classent, selon le consensus des savants, les intérêts bancaires, les crédits à la consommation et les prêts immobiliers classiques.

Riba al-fadl (le riba de l’échange) : il concerne l’échange, en quantités inégales, de biens de même nature parmi les six catégories mentionnées par le Prophète ﷺ (or, argent, blé, orge, dattes, sel). Par exemple, échanger 10 g d’or contre 12 g d’or est considéré comme du riba, même sans notion de « prêt ».

Les savants sont unanimes sur l’interdiction du riba an-nasi’a, y compris lorsqu’il prend la forme d’un intérêt bancaire fixe ou variable. Il n’existe pas d’exception générale à cette règle : seules des situations de nécessité extrême et individuelle (darura), évaluées au cas par cas, ont parfois été discutées par certains savants — ce qui ne constitue en aucun cas une autorisation générale. Avant d’envisager un crédit classique, il est recommandé de rechercher activement les alternatives conformes à la charia et de consulter un savant ou un conseiller spécialisé en finance islamique.

Les alternatives : le partage des profits et des pertes

Partage des profits et des pertes, alternative au riba en islam

Plutôt que le prêt à intérêt, l’islam propose des mécanismes fondés sur le partage du risque et de la responsabilité entre les parties :

  • La mudarabah : un partenariat où l’un apporte le capital et l’autre le travail/l’expertise ; les profits sont partagés selon un ratio convenu à l’avance, et les pertes financières sont assumées par l’apporteur de capital (sauf négligence de l’autre partie).
  • La moucharaka : une association où toutes les parties apportent du capital et partagent profits et pertes au prorata de leur participation.
  • La mourabaha : une vente avec marge bénéficiaire déclarée, utilisée par exemple pour financer l’achat d’un bien (la banque achète le bien puis le revend au client avec une marge fixe, sans intérêt calculé sur une dette).

Ces produits existent aujourd’hui en France à travers certains établissements spécialisés en finance islamique. Chaque situation étant différente (achat immobilier, financement d’un projet, épargne…), il est conseillé de faire vérifier la conformité de tout produit financier par un organisme ou un savant qualifié avant de s’engager.

Pour bien poser les bases avant d’aborder ces notions, notre article les dettes en Islam : règles et recommandations explique comment gérer ses dettes sans tomber dans le riba. Cet article s’inscrit également dans notre page pilier Finance Islamique, qui présente une vue d’ensemble des principes de la finance islamique.

FAQ

Le livret d’épargne bancaire classique est-il considéré comme du riba ?

Le principe qui pose problème est la rémunération fixe versée sur les sommes déposées : elle correspond, selon la majorité des savants, à un intérêt (riba), même lorsque le taux est faible. Il est recommandé de se tourner vers des solutions d’épargne conformes à la charia ou de consulter un savant pour son cas précis.

Le riba est-il différent de la simple épargne ?

Oui. Épargner de l’argent (le mettre de côté) n’est en soi pas interdit. Le problème apparaît uniquement lorsque cette épargne génère un intérêt fixe garanti sur le capital, sans lien avec une activité économique réelle et sans partage du risque.

Existe-t-il des alternatives halal à l’assurance-vie ?

Il existe des produits dits « takaful », fondés sur l’entraide mutuelle et le partage des risques entre participants, conçus comme alternative à l’assurance conventionnelle. Leur disponibilité varie selon les pays ; il est important de vérifier la conformité de chaque contrat avec un spécialiste avant de souscrire.

Le riba est-il uniquement l’intérêt bancaire ?

Non. Si l’intérêt bancaire (riba an-nasi’a) en est la forme la plus courante aujourd’hui, le riba englobe aussi certains échanges inégaux de biens de même nature (riba al-fadl), comme détaillé plus haut.

Quelle est la punition du riba selon le Coran ?

Le Coran décrit celui qui persiste dans le riba comme étant en état de guerre contre Allah et Son Messager (sourate 2, verset 279), et évoque une situation de trouble comparable à celle d’une personne « bouleversée par le contact de Satan » (2:275). C’est l’une des mises en garde les plus fortes du Coran concernant une pratique financière.

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Ahmed Nagy

Auteur à l'Académie Bayan | Enseignant de Coran, de langue arabe et de sciences islamiques.