Mourabaha : définition et fonctionnement

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La mourabaha est une vente à marge bénéficiaire déclarée : le vendeur achète un bien, puis le revend à l’acheteur en indiquant clairement le prix d’achat et la marge ajoutée, avec paiement possible en plusieurs fois. Contrairement à un prêt à intérêt, c’est une vente réelle d’un bien, ce qui la rend conforme aux principes de la finance islamique — à condition de respecter des conditions précises.

⚠ Cet article est un contenu éducatif et général. Il ne constitue pas un conseil financier personnalisé. La conformité réelle d’un contrat de mourabaha proposé par un établissement dépend de sa structure exacte — faites-la vérifier par un savant ou un conseiller qualifié avant tout engagement.

Qu’est-ce que la mourabaha ?

Le mot « mourabaha » vient de la racine arabe « ribh », qui signifie profit. Il s’agit d’un type de vente où le vendeur informe l’acheteur du prix d’achat initial du bien, puis ajoute une marge bénéficiaire convenue à l’avance et clairement affichée. Le paiement peut se faire au comptant ou de manière échelonnée.

Ce qui rend la mourabaha licite, à la différence d’un prêt à intérêt, c’est qu’il s’agit d’une véritable transaction commerciale portant sur un bien réel — et non d’un prêt d’argent contre un surplus. Le Coran distingue explicitement le commerce (licite) du riba (illicite) : « Allah a rendu licite le commerce et illicite le riba » (sourate Al-Baqara, 2:275).

La mourabaha pour l’ordonnateur d’achat (utilisée par les banques islamiques)

Les étapes de la mourabaha bancaire

Dans la pratique bancaire moderne, la forme la plus courante est la « mourabaha li-l-amir bi-ch-chira’ » (mourabaha pour celui qui a demandé l’achat). Son déroulement typique :

1. Le client identifie un bien

Le client (particulier ou entreprise) identifie le bien qu’il souhaite acquérir (véhicule, équipement, bien immobilier) et en informe la banque.

2. La banque achète le bien

La banque achète elle-même ce bien auprès du fournisseur ou du vendeur, et en devient réellement propriétaire — condition essentielle de validité.

3. La banque revend le bien au client

La banque revend ensuite le bien au client, en indiquant clairement le prix d’achat initial et la marge ajoutée, avec un paiement échelonné convenu à l’avance.

4. Le client rembourse selon l’échéancier

Le client paie le prix total convenu (prix d’achat + marge) selon l’échéancier fixé, sans qu’aucun intérêt supplémentaire ne soit calculé en cas de retard légitime (des pénalités peuvent exister dans certains cas mais sont généralement reversées à des œuvres caritatives, non conservées par la banque).

Les conditions de validité de la mourabaha

Pour qu’une mourabaha soit réellement conforme aux principes islamiques, plusieurs conditions doivent être respectées :

  • La banque (ou le vendeur) doit réellement devenir propriétaire du bien avant de le revendre au client — une simple opération financière sans transfert de propriété effectif n’est pas valide.
  • La banque doit assumer le risque lié au bien tant qu’elle en est propriétaire (par exemple, un défaut caché ou une perte avant la livraison au client).
  • Le prix d’achat initial et la marge bénéficiaire doivent être clairement communiqués à l’acheteur, sans dissimulation.
  • La promesse d’achat du client, faite avant que la banque n’achète le bien, ne doit idéalement pas être contraignante au point de transformer l’opération en simple prêt déguisé — un point sur lequel les écoles juridiques et les comités de supervision charia peuvent avoir des exigences différentes.

Un point de vigilance : la différence avec le tawarruq organisé

Certains produits financiers, parfois présentés comme de la mourabaha, correspondent en réalité à ce que les savants appellent le « tawarruq organisé » (tawarruq munazzam) : un montage où le client achète un bien à crédit uniquement pour le revendre immédiatement (souvent par l’intermédiaire de la même institution) et obtenir des liquidités, sans intention réelle d’utiliser le bien. Plusieurs instances de jurisprudence contemporaines, dont l’Académie du Fiqh Islamique (OCI), ont exprimé des réserves sur cette pratique lorsqu’elle est organisée à l’avance de façon systématique, la jugeant trop proche, dans ses effets économiques, d’un prêt à intérêt déguisé.

C’est pourquoi il est recommandé de vérifier, pour tout produit « mourabaha » proposé par un établissement financier, que le bien a bien été réellement acquis, possédé et exposé au risque par le vendeur avant la revente — et de faire valider la structure exacte du contrat par un savant qualifié en cas de doute.

La mourabaha appliquée au financement immobilier

Pour l’achat d’un bien immobilier, la mourabaha peut fonctionner ainsi : la banque achète le bien immobilier choisi par le client, puis le lui revend immédiatement à un prix incluant sa marge, remboursable sur plusieurs années. Juridiquement, la propriété du bien est généralement transférée au client dès la revente (contrairement à l’ijara, une autre structure où la banque reste propriétaire et loue le bien jusqu’au remboursement complet).

La disponibilité de ce type de financement varie fortement selon les pays ; en France, l’offre reste limitée à quelques établissements spécialisés.

FAQ

La mourabaha est-elle vraiment différente d’un crédit classique ?

Sur le plan économique, le montant total payé peut parfois sembler proche. Mais sur le plan juridique et des principes, la différence est fondamentale : la mourabaha repose sur une vente réelle avec transfert de propriété et de risque, alors qu’un crédit classique est un prêt d’argent avec intérêt, sans lien direct avec un bien précis.

Peut-on négocier la marge bénéficiaire d’une mourabaha ?

Oui, la marge est déterminée par accord entre les parties au moment de la transaction, comme dans toute vente commerciale — elle doit simplement être clairement communiquée, et non modifiée unilatéralement après la conclusion du contrat.

La mourabaha est-elle utilisée en dehors des banques ?

Oui, le principe de la vente à marge déclarée est un mode de vente ancien, utilisé bien avant la finance islamique moderne, notamment dans le commerce traditionnel où le vendeur informe l’acheteur de son prix de revient et de sa marge.

Aller plus loin avec l’Académie Bayan

La mourabaha est l’une des alternatives concrètes évoquées dans notre article sur le riba en Islam, ainsi que dans notre article sur les sukuk (obligations islamiques), qui utilisent parfois une structure similaire (sukuk mourabaha).

Ce contenu s’inscrit également dans notre page pilier Finance Islamique.

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Ahmed Nagy

Auteur à l'Académie Bayan | Enseignant de Coran, de langue arabe et de sciences islamiques.