Le sihr (سحر) est la sorcellerie en islam : une pratique interdite qui implique le recours à des djinns ou à des moyens occultes pour nuire à autrui. Le Coran et la Sunna en confirment la réalité, mais rappellent qu’un avis médical doit toujours être recherché en priorité face à des symptômes inexpliqués — la roqya vient ensuite, en complément, jamais en remplacement.
Fatigue inexpliquée, disputes soudaines dans un couple qui s’entendait bien, sentiment d’oppression sans cause apparente : beaucoup de musulmans se demandent, à un moment ou un autre, s’ils sont victimes de sihr. C’est une question légitime, mais qui mérite d’être traitée avec beaucoup de prudence — c’est exactement l’objectif de cet article.
Nous allons voir ensemble ce que dit réellement l’islam sur le sihr, ses différents types reconnus par les savants, les signes qui sont parfois associés, et surtout pourquoi la première réaction ne doit jamais être la panique.
Qu’est-ce que le sihr en Islam ?
Le sihr (السحر) désigne le recours à des pratiques occultes — souvent avec l’aide de djinns — dans le but de nuire à une personne : sa santé, son couple, son travail ou son équilibre psychologique. Contrairement à une idée reçue chez certains musulmans modernistes, l’existence du sihr n’est pas une simple croyance populaire : elle est confirmée explicitement par le Coran.
Verset — Sourate Al-Baqara, 2:102
وَاتَّبَعُوا مَا تَتْلُو الشَّيَاطِينُ عَلَىٰ مُلْكِ سُلَيْمَانَ ۖ وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَٰكِنَّ الشَّيَاطِينَ كَفَرُوا يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ وَمَا أُنزِلَ عَلَى الْمَلَكَيْنِ بِبَابِلَ هَارُوتَ وَمَارُوتَ ۚ وَمَا يُعَلِّمَانِ مِنْ أَحَدٍ حَتَّىٰ يَقُولَا إِنَّمَا نَحْنُ فِتْنَةٌ فَلَا تَكْفُرْ ۖ فَيَتَعَلَّمُونَ مِنْهُمَا مَا يُفَرِّقُونَ بِهِ بَيْنَ الْمَرْءِ وَزَوْجِهِ ۚ وَمَا هُم بِضَآرِّينَ بِهِ مِنْ أَحَدٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ ۚ وَيَتَعَلَّمُونَ مَا يَضُرُّهُمْ وَلَا يَنفَعُهُمْ
Transcription : Wattaba’û mâ tatlush-shayâtînu ‘alâ mulki Sulaymân, wa mâ kafara Sulaymânu wa lâkinna-sh-shayâtîna kafarû yu’allimûna-n-nâsa-s-sihr, wa mâ unzila ‘alâ-l-malakayni bi-Bâbila Hârûta wa Mârûta, wa mâ yu’allimâni min ahadin hattâ yaqûlâ innamâ nahnu fitnatun falâ takfur, fa yata’allamûna minhumâ mâ yufarriqûna bihî bayna-l-mar’i wa zawjih, wa mâ hum bi-dârrîna bihî min ahadin illâ bi-idhnillâh, wa yata’allamûna mâ yadurruhum wa lâ yanfa’uhum.
Traduction : « …Ils suivirent ce que les diables racontaient sous le règne de Salomon. Ce n’est pas Salomon qui a mécru, mais bien les diables : ils enseignaient aux gens la magie ainsi que ce qui avait été révélé aux deux anges Hârût et Mârût, à Babylone. Et ces deux-là n’enseignaient rien à personne avant d’avoir dit : Nous ne sommes qu’une tentation, ne mécrois donc pas. Ils apprenaient d’eux ce qui sème la désunion entre l’homme et son épouse. Or, ils ne sauraient nuire à personne, si ce n’est avec la permission d’Allah. Et les gens apprenaient ce qui leur nuisait et ne leur était d’aucun profit… »
Source : Sourate Al-Baqara, verset 102
Ce verset, central sur le sujet, nous apprend plusieurs choses essentielles : le sihr est une réalité enseignée à l’origine par des anges comme épreuve (fitna) et récupérée à mauvais escient, il peut viser spécifiquement à semer la discorde dans un couple, et surtout — nous y reviendrons constamment dans cet article — il ne peut jamais agir sans la permission d’Allah.
Le sihr fait donc partie des réalités reconnues par l’aqida sunnite. Le nier reviendrait à nier un texte coranique explicite. Mais reconnaître son existence ne signifie absolument pas qu’il faille voir du sihr derrière chaque difficulté de la vie — c’est précisément l’excès inverse contre lequel nous voulons vous mettre en garde dans cet article.
Important : consultez d’abord un médecin
Avant toute chose, rappelons un principe essentiel : la grande majorité des maux physiques et psychologiques ont une cause parfaitement naturelle (fatigue, stress, dépression, problème médical). L’islam encourage explicitement le recours à la médecine. Face à des symptômes physiques ou psychologiques qui vous inquiètent, la première démarche doit toujours être une consultation médicale — jamais une auto-évaluation basée sur une liste de symptômes lue sur internet, y compris celle-ci.
Les types de sihr reconnus par les savants
Les savants classent traditionnellement le sihr selon l’effet recherché par celui qui le pratique. Voici les catégories les plus couramment citées dans la littérature islamique.
Le sihr de séparation (at-tafrîq)
C’est le type explicitement mentionné dans le verset cité plus haut : un sihr visant à semer la discorde entre deux personnes, le plus souvent un mari et son épouse, en provoquant des disputes, une froideur soudaine ou une incompréhension inhabituelle dans une relation qui fonctionnait bien auparavant.
Le sihr de maladie (al-marad)
Ce type viserait à provoquer des douleurs physiques ou une fatigue chronique inexpliquée. C’est historiquement le cas le plus documenté, puisque le Prophète ﷺ lui-même en a été victime, comme nous allons le voir juste après.
Le sihr d’amour forcé (al-mahabba) et d’aversion (as-sarf)
Ces formes chercheraient à provoquer une attirance ou, à l’inverse, une répulsion artificielle envers une personne. Ce sont des pratiques particulièrement graves, car elles visent à manipuler le libre arbitre et les sentiments d’autrui — ce qui est fermement condamné, que l’on soit à l’origine de la demande ou son exécutant.
Un épisode rapporté par Aïcha (qu’Allah l’agrée) illustre bien la réalité du sihr de maladie, tout en posant un principe théologique fondamental qu’il est essentiel de comprendre :
Hadith — Sahih Al-Boukhari, n° 5765 ; Sahih Mouslim, n° 2189
سُحِرَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ حَتَّى كَانَ يُخَيَّلُ إِلَيْهِ أَنَّهُ يَفْعَلُ الشَّيْءَ وَمَا فَعَلَهُ
Traduction : « Le Messager d’Allah ﷺ fut victime de sihr, au point qu’il lui semblait parfois avoir fait une chose alors qu’il ne l’avait pas faite. »
Rapporté par Al-Boukhari (n° 5765) et Mouslim (n° 2189). Hadith authentique (sahih).
Point de croyance important
L’ensemble des savants de la Sunna sont unanimes : ce sihr a affecté certaines perceptions physiques et temporaires du Prophète ﷺ (comme croire avoir fait une action qu’il n’avait pas faite), mais n’a JAMAIS affecté sa mission, sa révélation ni le message qu’il transmettait. Sa prophétie et le Coran qu’il transmettait sont restés totalement préservés. Cet épisode montre justement qu’un croyant sincère, même le meilleur d’entre eux, peut être affecté par le sihr sans que cela ne remette en cause sa foi ni sa valeur devant Allah.
Signes parfois associés au sihr
Cette section doit être lue avec la mise en garde du début toujours à l’esprit : les signes suivants sont rapportés dans la littérature islamique traditionnelle, mais ils sont pour la plupart non spécifiques — c’est-à-dire qu’ils peuvent avoir des dizaines de causes parfaitement naturelles, médicales ou psychologiques. Aucun de ces signes, pris isolément ou même combinés, ne constitue une preuve certaine de sihr.
Signes parfois évoqués sur le plan physique
- Une fatigue persistante sans cause médicale identifiée
- Des maux de tête ou douleurs corporelles récurrents et inexpliqués
- Des troubles du sommeil ou des cauchemars fréquents
Signes parfois évoqués sur le plan comportemental et relationnel
- Une aversion soudaine et inexpliquée envers son conjoint ou sa famille
- Des disputes récurrentes sans motif réel dans un couple auparavant harmonieux
- Un sentiment d’oppression ou d’anxiété difficile à expliquer rationnellement
⚠️ Ne tombez pas dans l’excès inverse
Beaucoup de personnes, en lisant ce type de liste, se persuadent d’être ensorcelées alors qu’elles traversent simplement une période de stress, de fatigue ou une difficulté relationnelle banale. Cette obsession (que certains savants appellent al-was, le doute maladif) peut elle-même devenir un vrai problème psychologique. Gardez toujours en tête que la roqya se pratique sereinement, par précaution et par adoration — jamais dans la panique.
Que faire si l’on pense être touché ?
La bonne nouvelle, c’est que la réponse islamique au sihr est toujours la même, qu’on en soit certain ou simplement inquiet : la roqya. Contrairement à d’autres traditions, l’islam ne demande pas d’identifier un coupable ni de chercher un contre-sort spécifique — la roqya authentique fonctionne quel que soit le mal dont on souffre, spirituel ou non.
Nous avons détaillé la méthode complète, étape par étape, dans notre guide : Comment faire la roqya soi-même . Vous y trouverez les versets à réciter, la fréquence recommandée et les gestes qui accompagnent la récitation.
Pour comprendre plus largement le cadre général de la roqya, ses conditions de validité et ce contre quoi elle protège, notre article pilier Roqya Islam : se protéger du mauvais œil et de la sorcellerie reste la meilleure porte d’entrée.
Foire aux questions
Q : Le sihr peut-il vraiment rendre malade ?
Selon les textes islamiques, oui, le sihr peut affecter la santé physique ou psychologique d’une personne, comme le montre l’épisode vécu par le Prophète ﷺ lui-même. Cependant, il reste très important de rappeler que la très grande majorité des maladies ont une cause médicale naturelle : celle-ci doit toujours être recherchée en priorité.
Q : Comment savoir qui m’a fait du sihr ?
L’islam décourage fermement cette démarche. Chercher à identifier « qui » vous aurait ensorcelé relève de la divination (kihâna), une pratique interdite, souvent exploitée par des charlatans sans scrupules. Il vaut mieux se concentrer sur le remède — la roqya — plutôt que sur une enquête qui n’a aucune base religieuse fiable.
Q : Le sihr peut-il être annulé ?
Oui, par la grâce d’Allah, la pratique régulière de la roqya authentique (versets coraniques et invocations prophétiques) est le moyen reconnu pour se défaire d’un sihr, selon la volonté d’Allah. Cela demande souvent de la patience et de la constance plutôt qu’une solution immédiate.
Q : Faut-il avoir peur du mauvais œil et du sihr au quotidien ?
Non. L’islam enseigne la protection par la foi et la pratique régulière (dhikr, invocations du matin et du soir), pas la peur permanente. Un croyant qui accomplit sa protection quotidienne avec sérénité n’a pas de raison de vivre dans l’angoisse de ces sujets.
Conclusion
Le sihr est une réalité reconnue par le Coran et la Sunna, mais il ne doit jamais devenir une obsession ni une explication systématique à toutes les difficultés de la vie. La juste attitude d’un croyant se situe entre deux excès : nier totalement son existence d’un côté, ou y voir une explication à chaque contrariété de l’autre.
Face à un doute réel, la démarche est simple : consulter un médecin si des symptômes physiques ou psychologiques persistent, et pratiquer sereinement la roqya en parallèle, comme le faisait le Prophète ﷺ lui-même.
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