Roqya Islam : se protéger du mauvais œil et de la sorcellerie

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La roqya est une pratique islamique qui consiste à réciter des versets du Coran et des invocations authentiques du Prophète ﷺ afin de se protéger ou de se soigner du mauvais œil, de la sorcellerie (sihr) et des influences des djinns. Pour être valide, elle doit s’appuyer sur la parole d’Allah, dans une langue comprise, avec la certitude que seul Allah guérit véritablement.

Vous vous sentez fatigué sans raison apparente, vous traversez une période de malchance qui n’en finit pas, ou un proche vous a simplement conseillé de « faire une roqya » sans trop savoir ce que cela signifie vraiment ? Vous n’êtes pas seul : c’est l’une des questions les plus posées par les musulmans francophones aujourd’hui.

Dans cet article, nous allons voir ensemble ce qu’est réellement la roqya selon le Coran et la Sunna, contre quoi elle protège, comment la pratiquer correctement, et surtout comment éviter les dérives qui entourent malheureusement ce sujet.

Qu’est-ce que la roqya en islam ?

L’origine du mot « roqya »

Le mot « roqya » (رُقْيَة) vient de la racine arabe ر-ق-ي qui évoque l’idée d’élévation. Littéralement, faire une roqya, c’est chercher à « élever » une personne au-dessus d’un mal qui l’affecte, en s’adressant directement à Allah par Ses paroles.

Concrètement, la roqya consiste à réciter des versets coraniques, les noms et attributs d’Allah, ou des invocations authentiquement rapportées du Prophète ﷺ, sur soi-même ou sur une autre personne, dans le but de rechercher la guérison ou la protection.

Ce n’est ni un rituel magique, ni une formule secrète : c’est un acte d’adoration à part entière, aussi ordinaire dans la vie d’un musulman que la prière ou le jeûne.

Les trois conditions de validité selon les savants

La roqya n’est pas une pratique nouvelle. Elle existait déjà avant l’islam, sous des formes parfois mêlées à la superstition. Un jour, des compagnons du Prophète ﷺ sont venus lui demander si cette pratique restait autorisée après leur conversion. Sa réponse a posé les bases de tout ce qui allait suivre :

Hadith — Sahih Mouslim, n° 2200

عَنْ عَوْفِ بْنِ مَالِكٍ الأَشْجَعِيِّ رضي الله عنه قَالَ: كُنَّا نَرْقِي فِي الْجَاهِلِيَّةِ، فَقُلْنَا: يَا رَسُولَ اللَّهِ، كَيْفَ تَرَى فِي ذَلِكَ؟ فَقَالَ: «اعْرِضُوا عَلَيَّ رُقَاكُمْ، لَا بَأْسَ بِالرُّقَى مَا لَمْ يَكُنْ فِيهِ شِرْكٌ»

Traduction : D’après Awf ibn Mâlik Al-Ashja’î (qu’Allah l’agrée) : « Nous pratiquions la roqya à l’époque préislamique. Nous avons donc demandé : Ô Messager d’Allah, qu’en penses-tu ? Il répondit : Présentez-moi vos formules de roqya. Il n’y a aucun mal à la roqya tant qu’elle ne contient pas de shirk (associationnisme). » Rapporté par Mouslim (n° 2200). Hadith authentique (sahih).

À partir de ce hadith et d’autres textes, les savants — au premier rang desquels l’imam Ibn Hajar Al-‘Asqalânî dans son commentaire Fath Al-Bârî — ont dégagé trois conditions pour qu’une roqya soit licite :

  • Elle doit reposer sur la parole d’Allah : le Coran, Ses noms et attributs, ou des invocations authentiquement rapportées du Prophète ﷺ — jamais sur des formules inventées ou d’origine inconnue.
  • Elle doit être formulée en arabe ou dans une langue dont on comprend le sens — la roqya n’est pas une incantation magique faite de sons mystérieux, mais une invocation consciente adressée à Allah.
  • Il faut avoir la certitude que la roqya elle-même n’a aucun pouvoir propre : elle n’est qu’un moyen (sabab) parmi d’autres, et c’est Allah Seul qui guérit véritablement.

À retenir

Une roqya qui respecte ces trois conditions est totalement permise, encouragée même. C’est en s’éloignant de ces conditions — amulettes, formules incompréhensibles, croyance que l’objet ou la personne « a un pouvoir » — que l’on bascule dans l’interdit. Nous y reviendrons plus loin.

Contre quoi protège la roqya en islam ?

Schéma des trois protections de la roqya : mauvais œil, sorcellerie, djinns

La roqya est souvent associée uniquement au mauvais œil ou à la sorcellerie dans l’imaginaire populaire. En réalité, elle couvre un champ plus large : tout mal, qu’il soit d’origine spirituelle ou simplement une maladie du quotidien, peut faire l’objet d’une roqya. Concentrons-nous ici sur les trois maux invisibles les plus fréquemment évoqués.

Le mauvais œil (al-ayn)

Le mauvais œil (العين) désigne l’effet néfaste que peut avoir le regard chargé d’admiration, d’envie ou de jalousie d’une personne sur une autre, sur ses biens, ou même sur elle-même. Contrairement à une idée reçue, l’islam ne considère pas cela comme une simple superstition :

Hadith — Sahih Al-Boukhari, n° 5740 ; Sahih Mouslim, n° 2188

«الْعَيْنُ حَقٌّ»

Traduction : « Le mauvais œil est une réalité. »

Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim, d’après Ibn Abbâs (qu’Allah les agrée). Hadith authentique (sahih).

Le Prophète ﷺ a également enseigné une formule précise à dire lorsqu’on admire quelque chose chez quelqu’un — un enfant, une réussite, un bien — précisément pour éviter de lui porter atteinte involontairement par son propre regard : invoquer la bénédiction (« Bârakallahu fîk » ou « Mâ shâ’a Allah ») plutôt que de garder l’admiration pour soi en silence.

Pour approfondir les formules précises à réciter contre ce mal, consultez notre article dédié : Invocation contre le mauvais œil en islam

La sorcellerie (sihr)

Le sihr (السحر) désigne le recours à des pratiques occultes, souvent avec l’aide de djinns, dans le but de nuire à autrui. Le Coran lui-même en atteste la réalité, tout en rappelant fermement qu’aucun sorcier ne peut agir sans la permission d’Allah :

Verset — Sourate Al-Baqara, 2:102

وَمَا هُم بِضَآرِّينَ بِهِۦ مِنْ أَحَدٍ إِلَّا بِإِذْنِ ٱللَّهِ

Transcription : Wa mâ hum bi-dârrîna bihi min ahadin illâ bi-idhnillâh.

Traduction : « …et ils ne sauraient nuire à personne, si ce n’est avec la permission d’Allah… »

Source : Sourate Al-Baqara, verset 102

Cette précision est fondamentale : elle rappelle qu’aucun sorcier, aucun jeteur de sort, n’a de pouvoir autonome. Tout mal qui peut atteindre un croyant ne se produit que par la volonté d’Allah — ce qui est à la fois une mise en garde et une immense source de réconfort, puisque la protection d’Allah reste toujours plus forte pour celui qui s’y accroche sincèrement.

Nous consacrons un article complet aux signes et types de sorcellerie reconnus par les savants : Le sihr en Islam : signes, symptômes et types.

Les djinns

Les djinns sont des créatures invisibles mentionnées à de nombreuses reprises dans le Coran (notamment dans la sourate qui porte leur nom, Al-Jinn). L’islam enseigne qu’ils peuvent, dans certains cas, chercher à perturber ou effrayer les êtres humains — d’où l’importance de se protéger quotidiennement par le dhikr et la récitation coranique, plutôt que d’y penser avec anxiété.

Comment pratiquer la roqya : les versets essentiels

Voici les versets et sourates les plus rapportés dans la Sunna à ce sujet. Nous vous conseillons de les lire posément, en comprenant leur sens, plutôt que de les réciter machinalement.

Sourate Al-Fâtiha (l’Ouverture) — intégralité

ArabeTranscriptionTraduction française
بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِBismillâhi-r-Rahmâni-r-RahîmAu nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَAl-hamdu lillâhi Rabbi-l-‘âlamînLouange à Allah, Seigneur de l’univers
الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِAr-Rahmâni-r-RahîmLe Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِMâliki yawmi-d-dînMaître du Jour de la rétribution
إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُIyyâka na’budu wa iyyâka nasta’înC’est Toi Seul que nous adorons, et c’est Toi Seul dont nous implorons secours
اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَIhdinâ-s-sirâta-l-mustaqîmGuide-nous dans le droit chemin
صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَSirâta-lladhîna an’amta ‘alayhim ghayri-l-maghdûbi ‘alayhim wa lâ-d-dâllînLe chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés

Al-Fâtiha est d’ailleurs la sourate qui a servi de roqya à un compagnon du Prophète ﷺ pour guérir le chef d’une tribu piqué par un scorpion — épisode rapporté dans un hadith authentique (Sahih Al-Boukhari, n° 5749), où le Prophète ﷺ confirme lui-même : « Wa mâ adrâka annahâ ruqya ? » (« Et qu’est-ce qui t’a fait savoir qu’elle était une roqya ? »).

Ayat Al-Kursî (Sourate Al-Baqara, 2:255)

ArabeTranscriptionTraduction française
اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ ۚ لَا تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ ۚ لَّهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ ۗ مَنْ ذَا الَّذِي يَشْفَعُ عِنْدَهُ إِلَّا بِإِذْنِهِ ۚ يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ ۖ وَلَا يُحِيطُونَ بِشَيْءٍ مِنْ عِلْمِهِ إِلَّا بِمَا شَاءَ ۚ وَسِعَ كُرْسِيُّهُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ ۖ وَلَا يَئُودُهُ حِفْظُهُمَا ۚ وَهُوَ الْعَلِيُّ الْعَظِيمُAllâhu lâ ilâha illâ Huwa-l-Hayyu-l-Qayyûm, lâ ta’khudhuhu sinatun wa lâ nawm, lahu mâ fî-s-samâwâti wa mâ fî-l-ard, man dhâ-lladhî yashfa’u ‘indahû illâ bi-idhnih, ya’lamu mâ bayna aydîhim wa mâ khalfahum, wa lâ yuhîtûna bi-shay’in min ‘ilmihî illâ bi-mâ shâ’a, wasi’a kursiyyuhu-s-samâwâti wa-l-ard, wa lâ ya’ûduhû hifzuhumâ, wa Huwa-l-‘Aliyyu-l-‘Azîm.« Allah ! Point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. À Lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur. Et de Sa science, ils n’embrassent que ce qu’Il veut. Son Trône (Kursî) déborde les cieux et la terre, dont la garde ne Lui coûte aucune peine. Et Il est le Très Haut, le Très Grand. »

Ce verset est considéré par les savants comme le plus grand verset du Coran, notamment en raison de ce hadith où le Prophète ﷺ a confirmé qu’il éloigne le diable jusqu’au matin lorsqu’il est récité avant de dormir.

Les trois dernières sourates (Al-Mu’awwidhât)

ArabeTranscriptionTraduction française
قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ ۝ اللَّهُ الصَّمَدُ ۝ لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ ۝ وَلَمْ يَكُن لَّهُ كُفُوًا أَحَدٌQul huwa Allâhu Ahad, Allâhu-s-Samad, lam yalid wa lam yûlad, wa lam yakun lahû kufuwan ahadSourate Al-Ikhlâs (112) : « Dis : Il est Allah, Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui. »
قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ ۝ مِن شَرِّ مَا خَلَقَ ۝ وَمِن شَرِّ غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ ۝ وَمِن شَرِّ النَّفَّاثَاتِ فِي الْعُقَدِ ۝ وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَQul a’ûdhu bi-rabbi-l-falaq, min sharri mâ khalaq, wa min sharri ghâsiqin idhâ waqab, wa min sharri-n-naffâthâti fî-l-‘uqad, wa min sharri hâsidin idhâ hasadSourate Al-Falaq (113) : « Dis : Je cherche protection auprès du Seigneur de l’aube naissante, contre le mal des êtres qu’Il a créés, contre le mal de l’obscurité quand elle s’installe, contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds, et contre le mal de l’envieux quand il envie. »
قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ ۝ مَلِكِ النَّاسِ ۝ إِلَٰهِ النَّاسِ ۝ مِن شَرِّ الْوَسْوَاسِ الْخَنَّاسِ ۝ الَّذِي يُوَسْوِسُ فِي صُدُورِ النَّاسِ ۝ مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِQul a’ûdhu bi-rabbi-n-nâs, Maliki-n-nâs, Ilâhi-n-nâs, min sharri-l-waswâsi-l-khannâs, alladhî yuwaswisu fî sudûri-n-nâs, mina-l-jinnati wa-n-nâsSourate An-Nâs (114) : « Dis : Je cherche protection auprès du Seigneur des hommes, Le Souverain des hommes, Le Dieu des hommes, contre le mal du diable qui chuchote et se retire, celui qui souffle le mal dans les poitrines des hommes, qu’il soit un djinn ou un être humain. »

Ces trois sourates sont surnommées Al-Mu’awwidhât (celles qui procurent la protection). Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète ﷺ les récitait chaque soir avant de dormir :

Hadith — Sahih Al-Boukhari, n° 5017

Traduction : « Lorsque le Prophète ﷺ se couchait chaque nuit, il joignait ses mains, soufflait dedans en récitant Qul huwa Allâhu ahad, Qul a’ûdhu bi-rabbi-l-falaq et Qul a’ûdhu bi-rabbi-n-nâs, puis il passait ses mains sur tout ce qu’il pouvait atteindre de son corps, en commençant par la tête, le visage et l’avant de son corps. Il répétait cela trois fois. » Rapporté par Al-Boukhari (n° 5017). Hadith authentique (sahih).

Il existe même un épisode où l’ange Jibril (Gabriel) lui-même a récité une roqya sur le Prophète ﷺ :

Hadith — Sahih Mouslim, n° 2186

Traduction : « Jibril vint trouver le Prophète ﷺ et lui dit : Ô Muhammad, es-tu souffrant ? Il répondit : Oui. Jibril dit alors : Au nom d’Allah, je te fais la roqya, contre tout ce qui te fait du mal, contre le mal de toute âme ou œil d’envieux, qu’Allah te guérisse, au nom d’Allah, je te fais la roqya. » Rapporté par Mouslim (n° 2186). Hadith authentique (sahih).

Pour aller plus loin

Ces versets constituent la base de toute roqya légiférée. Mais comment les organiser concrètement, dans quel ordre les réciter, à quelle fréquence, et que faire si l’on souhaite pratiquer la roqya sur un proche plutôt que sur soi-même ? Nous avons consacré un guide complet et détaillé à cette question : Comment faire la roqya soi-même : guide complet et hadiths authentiques , où nous décrivons chaque étape pas à pas.

Vous pouvez également consulter notre article dédié aux invocations contre le mauvais œil, qui rassemble des formules supplémentaires spécifiquement adaptées à ce mal.

La roqya légiférée face aux pratiques interdites

Mise en garde contre les amulettes et pratiques interdites en islam

C’est ici que beaucoup de musulmans, souvent par méconnaissance ou par désespoir face à une épreuve difficile, se laissent entraîner vers des pratiques qui n’ont plus rien à voir avec la roqya authentique.

Amulettes, talismans et shirk

Porter un objet — collier, papier plié, bout de tissu — en croyant qu’il repousse le mauvais œil ou la sorcellerie par lui-même est une pratique formellement interdite en islam, car elle revient à attribuer un pouvoir à autre chose qu’Allah :

« Quiconque porte une amulette (tamîma) a commis un acte de shirk. »

Rapporté par l’imam Ahmad, d’après ‘Uqba ibn ‘Âmir (qu’Allah l’agrée). Hadith authentifié (sahih) par Cheikh Al-Albani.

La nuance est importante : réciter un verset du Coran sur soi-même ou sur un objet (comme de l’eau que l’on boit ensuite) n’a rien à voir avec le fait de porter une amulette censée agir par elle-même. Dans le premier cas, on s’adresse à Allah ; dans le second, on place sa confiance dans un objet.

Points de vigilance

  • Les formules dont on ne comprend pas le sens (paroles en langue inconnue, symboles, chiffres « magiques »)
  • Les objets censés « absorber » ou « repousser » le mal par eux-mêmes
  • Toute pratique mêlant invocation islamique et rituel non islamique (bougies, encens à visée occulte, offrandes)

Comment reconnaître un charlatan

C’est malheureusement un sujet sur lequel nous insistons volontairement, car de nombreuses personnes vulnérables — en détresse, en recherche désespérée d’une solution — se retrouvent exploitées financièrement ou psychologiquement par des personnes se présentant comme des « raqis » (praticiens de la roqya) sans en avoir la légitimité.

Voici quelques signaux qui doivent vous alerter :

  • On vous demande des sommes d’argent élevées ou récurrentes pour « lever un sort »
  • On vous révèle « qui » vous a jeté un sort, sans aucune base — cela relève de la divination (kihâna), formellement interdite en islam
  • On vous demande des objets personnels (vêtements, cheveux, photos) dans des conditions qui sortent du cadre d’une roqya normale
  • On vous impose le secret absolu, en vous coupant de votre famille ou de tout avis extérieur
  • La personne prétend avoir un contact avec les djinns pour obtenir des informations

Un raqi sérieux et légitime se contente de réciter le Coran et les invocations authentiques, sans jamais prétendre détenir un savoir caché, et sans jamais faire de la roqya un commerce abusif. En cas de doute, la meilleure des roqya reste celle que vous pratiquez vous-même, dans le calme de votre foyer.

Conclusion

La roqya est bien plus simple, et bien plus accessible, que ce que la méconnaissance ou les pratiques douteuses laissent parfois penser. Il ne s’agit ni d’un rituel réservé à quelques initiés, ni d’une formule magique à acheter auprès de quelqu’un : c’est un acte d’adoration à la portée de chaque croyant, fondé sur le Coran et la Sunna authentique.

Comprendre la roqya, c’est aussi comprendre un pan essentiel de l’aqida (la croyance) islamique : la certitude qu’Allah Seul détient le pouvoir de nuire ou de guérir, et que tout le reste — versets, invocations, gestes — n’est qu’un moyen que nous mettons entre Ses mains.

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Foire aux questions

Q : La roqya est-elle obligatoire en islam ?

Non, la roqya n’est pas une obligation religieuse (fard), mais une pratique fortement recommandée dans certaines situations, notamment en cas de maladie, de mauvais œil ressenti ou de sorcellerie suspectée. Elle fait partie des moyens (asbâb) qu’Allah a mis à disposition du croyant, au même titre que le traitement médical.

Q : Peut-on faire la roqya sans être un savant ou un spécialiste ?

Oui, tout à fait. La roqya n’exige aucune qualification particulière : n’importe quel musulman peut la pratiquer sur lui-même, à condition de respecter les trois conditions vues plus haut. C’est même la forme de roqya la plus recommandée par de nombreux savants, car elle évite tout risque de dérive.

Q : Combien de temps dure une roqya ?

Il n’existe aucune durée fixée par un texte religieux. Certaines personnes ressentent un soulagement dès la première récitation, d’autres ont besoin de la répéter quotidiennement pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. La patience et la régularité comptent davantage que la durée d’une séance isolée.

Q : Comment reconnaître un vrai raqi d’un charlatan ?

Un raqi légitime se limite au Coran et aux invocations authentiques, ne demande jamais d’argent excessif, ne prétend jamais connaître l’identité de celui qui aurait « jeté un sort », et vous encourage à pratiquer vous-même la roqya plutôt qu’à dépendre uniquement de lui. Reportez-vous à la section précédente pour la liste complète des signaux d’alerte.

Q : La roqya remplace-t-elle un traitement médical ?

Non, absolument pas. L’islam encourage explicitement le recours à la médecine : le Prophète ﷺ a lui-même dit qu’Allah n’a fait descendre aucune maladie sans faire descendre également son remède (Sahih Al-Boukhari, n° 5678). La roqya et la médecine ne s’opposent pas : elles se complètent. En cas de symptômes physiques ou psychologiques persistants, la consultation d’un médecin doit toujours rester la première démarche.